Ces dernières semaines, je suis plus exigeante. Plus fatiguée peut-être, plus sensible, avec plus de travail aussi. Je ne laisse rien passer à mon mari. Le linge n’est pas plié, je le dis. Je me suis levée deux fois d’affilée pour notre fils, je le signale. J’ai fait quelque chose en plus, j’en parle.
Avant-hier, je me suis couchée avec le nouveau livre d’Anna Roy, Stop, vous avez assez donné. Dès les premières pages, elle avance ce chiffre : les femmes passent une heure et demie par jour à faire des tâches domestiques. Autant vous dire que le calcul a été vite fait : 10h30 par semaine passées à étendre des machines, vider le lave-vaisselle, changer les draps, passer l’aspirateur. Je sens la moutarde me monter au nez. Je lui lis l’extrait avant qu’il s’endorme, sans rien ajouter. Il écoute mais ne relève pas.
Le lendemain matin, je me réveille en ruminant de cette même scène de la veille. Je ne veux plus porter ces heures-là. Je précise quand même pour être juste, que je suis mariée à un homme qui prend sa part, qui me laisse beaucoup faire, certes, mais qui fait, et qui s’occupe très bien de notre fils. Seulement voilà, je fais davantage, et je me demande pourquoi ce serait toujours à moi d’être dans le plus.
Quand j’y pense, mon exigence de ces dernières semaines mélange deux choses très différentes. Une partie est légitime, la charge du foyer est inégale et le dire relève de la justice. Une autre partie appartient à la fatigue, au besoin d’être vue, à cette attente que mon mari remarque, qu’il remercie, qu’il apprécie, qu’il compense sans que je lui dise et qu’il soit empathique. Tout ça 😅
Cette attente d’empathie mérite qu’on s’y arrête. Faut-il en avoir davantage pour la personne avec qui nous vivons ? Pourquoi, et comment ? Et comment savoir quand elle s’est absentée ?
Une seule personne pour tout porter
Esther Perel observe que nous demandons aujourd’hui à une seule personne ce que tout un village nous apportait autrefois. Le ou la partenaire doit être l’amant.e, le ou la meilleur.e ami·e, le ou la coparent.e, le ou la confident.e, l’associé.e du quotidien, et plus secrètement, celui ou celle qui réparera enfin ce qui nous a manqué enfant. Chacune de ces attentes prise isolément paraît raisonnable. Additionnées, elles composent un cahier des charges gigantesques…
Quand le linge reste sur le séchoir, la colère qui surgit dépasse souvent le linge. Elle répond aussi à l’enfant qui attendait qu’on pense à lui, à l’épuisement de tout porter seul.e, à la peur d’avoir choisi quelqu’un qui ne voit pas. La sécurité du couple change alors de visage et devient l’endroit où nous déposons toutes les attentes que nous n’osons adresser à personne d’autre.
Ce que nous pouvons attendre
Nous pouvons attendre de la personne qui partage notre vie un partage équitable de ce qui fait tourner le foyer, discuté à voix haute et posément. Nous pouvons attendre qu’elle tienne ce qui a été convenu, qu’elle reste de bonne foi, qu’elle s’intéresse à ce que nous vivons, et surtout qu’elle sache revenir vers nous après une blessure. En tant que thérapeute de couple, je suis convaincue que les couples qui durent se distinguent par la qualité de leurs tentatives de réparation après un conflit. La capacité de réparer compte davantage que la capacité d’éviter de blesser.
Ce que nous ne pouvons pas attendre
Nous attendons souvent de l’autre qu’il ou elle devine ce que nous n’avons jamais formulé. Nous lui confions en silence la réparation de notre histoire, alors que cette blessure lui est antérieure et lui reste en partie inaccessible. Nous voudrions qu’il ou elle soit notre source d’apaisement, qu’il ou elle ne nous déçoive pas, qu’il ou elle pense, range et aime exactement comme nous. Cette dureté nous protège de la déception en la retournant contre l’autre avant qu’elle ne nous atteigne.
Et d’ailleurs ce dernier point touche directement au désir. Exiger de l’autre qu’il nous ressemble revient à vouloir réduire son altérité, alors que le désir se nourrit précisément de ce qui, chez l’autre, nous échappe. Il faut aussi regarder le corps de celui ou celle qui reçoit cette dureté. Un système nerveux qui se sent observé, évalué, corrigé en permanence s’installe en vigilance. Dans cet état, l’organisme consacre ses ressources à se protéger, et l’élan vers l’autre s’éteint de lui-même…
Alors, faut-il être empathique ?
Oui. Sans hésitations, et en comprenant bien le sens. L’empathie consiste à comprendre de l’intérieur ce que l’autre vit, tout en gardant intacte la légitimité de ce que je demande. Je peux comprendre qu’il soit épuisé et lui demander quand même de plier le linge. Et je ne suis pas TROP en demandant ça. L’empathie sert à être entendue, et elle permet au corps de l’autre de sortir de la vigilance. Elle commence par soi, et elle circule dans les deux sens. Le signal qu’elle s’est retirée est quand nous cessons de poser des questions sur ce que l’autre vit, quand « toujours » et « jamais » envahissent nos phrases et que le soupir, l’ignorance ou le mépris remplacent la conversation…
Pour cette semaine
Notez les reproches que vous avez adressés à votre partenaire ces derniers jours, même en pensée. Pour chacun, demandez-vous s’il relève de ce qui se demande, comme la répartition des tâches, ou de ce qui se projette, depuis votre fatigue ou votre histoire personnelle. Parler du premier à voix haute, avec une demande précise. Gardez le second comme une information sur ce dont vous avez besoin pour être rassuré.e, compris.e, vu.e.
Parmi toutes ces attentes silencieuses, il y en a une que je retrouve dans presque chacune de mes consultations de couple, celle que l’autre comprenne seul comment fonctionne notre désir.
Pour celles d’entre vous qui vivent avec un homme, j’ouvre mardi « Le désir féminin, expliqué simplement à votre homme », un programme à lui transmettre pour que l’explication cesse de reposer sur vous seule. La liste d’attente, ferme demain, lundi soir et mardi matin, vous aurez un code pour lui offrir : je m’inscris.
Je vous remercie encore et toujours de me lire, j’aime vous partager tout ça.
Chaleureusement,
Gabrielle
Pour me retrouver
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🧡 Vous voulez retrouver du désir dans votre couple et sortir de la logique du devoir conjugal ? Désir Vivant vous accompagne pas à pas.
⏱️ Deux nouveaux mini-programmes arrivent fin Novembre : “Le désir féminin expliqué à vos partenaires” (50€) et “Osez parler de votre désir !” (que vous pourrez ajouter en module au panier du premier programme - 25€)
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