Kessel

#39 Des vacances sans

Trois maisons, deux lits simples et beaucoup de monde

Désir d'apprendre
3 min ⋅ 30/08/2026

Première semaine de vacances, une maison de location avec des potes. Nous avons ouvert la porte de notre chambre et découvert deux lits simples en bois ultra compact, à l'ancienne. Puis cette phrase de la propriétaire, prononcée juste après nous avoir vus échanger le regard qui voulait dire « dès ce soir on rapproche les lits » : « Please don't move the furniture. » 😅

Bref. Nous avons changé de maison trois fois cet été. Dans chacune d'elles, il y avait quelqu'un dans la pièce d'à côté. De la famille, des ami·es, des enfants qui se réveillaient à 7h (voir parfois 6). Nous n'avons pas eu une minute à nous, et globalement niveau intimité c’était pas ça.,

Je vous le dis parce que qu’on soit sexologue ou pas, la vraie vie ressemble à ça.

L'injonction estivale, ou l'obligation de faire l'amour en vacances

Le scénario estival tient en quelques images : des corps reposés, du temps disponible, une maison au bord de l'eau, une peau tiède le soir et du rosé. La conclusion est implicite et impérative : les vacances appellent au sexe.

Ce scénario circule partout. Dans les magazines qui promettent dès le mois de juin de raviver la flamme ou dans les conversations de rentrée où l'on demande si ça vous a fait du bien... oui ça a fait du bien c’est sûr, mais ce scénario oublie une chose élémentaire : la plupart d'entre nous partons en vacances avec du monde. Beaucoup de monde.

Le contexte ne s'y prête pas

Esther Perel décrit l'espace nécessaire au désir : une distance, une part d'inconnu, la possibilité de regarder l'autre depuis un endroit où il ou elle ne vous appartient pas entièrement. Il faut se l'avouer, les vacances en famille produisent exactement l'inverse. Une promiscuité totale et une intimité nulle. Vous partagez la salle de bain avec votre neveu, vous dormez à trois mètres de vos beaux-parents, vous vous habillez en vitesse en priant pour que personne n'ouvre la porte.

À cela s'ajoute la charge mentale, et je vous le donne en mille = un jour de trajet entre chaque destination, refaire les valises, défaire les valises, laisser les lieux nickel derrière nous, faire des listes de courses pour 12. Les vacances ne suspendent pas la logistique domestique. Elles la déplacent dans un endroit inconnu, où vous ne savez même pas où sont rangées les casseroles.

Du désir, il y en a eu beaucoup

Parce que nous avons passé de bonnes vacances. Nous nous sommes marré, nous avons discuté, nous étions connecté, nous avons profité, nous avons bien mangé. Tout cela a nourri notre envie d'être ensemble, de nous regarder et de nous aimer. Nous nous sommes dit que nous avions hâte de rentrer chez nous pour retrouver notre intimité physique, et pouvoir juste prendre le temps de s'embrasser vraiment, déjà !

Le sujet aujourd'hui, et je le vois quasiment dans toutes mes consultations, c'est que les couples comptent les rapports sexuels comme s'ils constituaient la mesure du lien. La vraie mesure se situe ailleurs, dans tout ce qui entoure ces rapports et qui constitue la vie érotique réelle d'un couple : l'attention portée à l'autre, la manière dont vous vous cherchez du regard, la connexion émotionnelle que vous partagez. C'est ça qui donne envie !

Et si le désir avait été absent

Supposons maintenant l'autre cas de figure. Trois semaines sans désir du tout, deux corps épuisé·es qui s'endorment à vingt-deux heures et se réveillent en même temps que les enfants.

Les vacances existent pour se restaurer, et donc pour habiter son corps d'une autre manière que le reste de l'année. Un corps qui se pose, sans la charge mentale du travail, lire un bon roman sur un transat même si c'est quinze minutes, prendre le soleil sans regarder son téléphone. Bref, un corps qui reconstitue exactement les ressources dont le désir a besoin pour se mettre en mouvement. Je me repose pour habiter un corps qui va bien et qui ressent.

Le repos constitue une infrastructure érotique différée. Et il n'existe aucune injonction à désirer ni à passer à l'action, en août comme le reste du temps !

Ce que vous pouvez faire de tout ça pour les prochaines vacances

Nommer un désir que vous ne pouvez pas satisfaire sur le moment. Un désir gardé pour soi se transforme en frustration attribuée à l'autre. Le désir formulé reste partagé, même différé.

“ J'ai envie de toi mais il y a huit personnes dans cette maison.”
“ Je pense à toi depuis ce matin et j'aimerais… “
“ Ça fait cinq jours qu'on n'a pas eu une minute seul·es et ça me manque. “
“ Quand on rentre, j'ai hâte qu'on se retrouve pour un petit date. “

Ouvrir un espace au retour pour se retrouver. Cela ne veut dire aucune obligation à quoi que ce soit. Juste trouver un moment pour se retrouver, se câliner, s'embrasser, se parler, faire le debrief des vacances, parler de ce que vous avez aimé, de ce qui vous a manqué, et de comment vous avez envie de vous retrouver physiquement.

Pour conclure

Trois semaines sans faire l'amour n'ont rien retiré à ce qui nous lie. Elles m'ont rappelé que le désir a besoin des bonnes conditions, et que mettre toute cette pression sur les vacances pour avoir une sexualité, visiblement, ça peut être décevant.

Un immense merci pour votre lecture, votre fidélité et vos mots toujours si bienveillants. On se retrouve début octobre pour une nouvelle missive et en attendant, rdv dans les liens ci-dessous !

Gabrielle

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Désir d'apprendre

Par Gabrielle Adrian

Je suis Gabrielle Adrian, sexologue clinicienne et thérapeute de couple. J’ai fondé en 2020 une plateforme d’accompagnement en sexothérapie pour ouvrir des espaces où l’on peut parler de désir, de la sexualité, du lien, du couple, sans tabou, et avec douceur et clarté. Dans ma newsletter Désir d’apprendre, je vous écris chaque mois une réflexion sensible sur ce qui nous relie : le désir, la séduction, l’ennui, la frustration… bref, sur la vie dans tout ce qu’elle a de vibrant et de plus complexe. Merci pour votre lecture 🧡