Le plaisir incarné arrive quand on le relie aux émotions et aux sensations
Je vous en ai déjà raconté une partie, mais il y a quelques semaines, j'ai passé dix jours en silence. Un silence structural et organisé, presque chirurgical. Seulement moi, un coussin de méditation et tout ce que mon corps avait à me dire dès que je cessais de l'interrompre.
"Oh tu essayes de me dire ça ?", "Attends, je dois faire ça d'abord, puis ça ensuite, et puis ça, je t'écouterai après."
D'ailleurs le mot que mon fils a répété le plus rapidement c'est "attends"... OUPS.
Bref, les deux premiers jours sur mon coussin de méditation, j'ai surtout ressenti de l'ennui. J'étais dans ma tête. Statique soudainement, quand toute ma vie tourne autour du fait de "Faire". Puis de l'agacement, cette forme de colère petite et précise qui monte quand on ne peut pas la décharger sur quoi que ce soit. Ensuite des choses plus grandes sont arrivées, de la colère, de l'amour pour des gens à qui je n'avais pas pensé depuis longtemps, un sentiment de gratitude et de stress si intenses qu'ils en étaient envahissants. Toutes ces émotions se sont superposées, entremêlées, certaines ont traversé le corps en quelques secondes, d'autres l’ont occupé des heures entières. C’est dur quand on n’a pas l’habitude. Je n'avais rien fait pour les provoquer, et une fois là je n'ai rien fait pour les retenir. C'était là et tout mon corps les ressentait. Rires, pleurs, sourires, grimaces, tête haute, tête basse, douleurs corporelles, points de tension.
C'est là, dans ce désordre émotionnel très ordinaire, que j'ai compris quelque chose sur l'orgasme :
Une émotion à part entière, soumise aux mêmes lois que la colère ou la gratitude, traversant les mêmes structures, obéissant aux mêmes conditions d'émergence. Et comme toutes les émotions, il répond à une règle simple et absolue : on ne peut pas le vouloir directement. On accueille une émotion, puis une sensation, et soit on la chasse en se divertissant, soit on la laisse nous traverser pleinement.
On ne décide pas d'avoir une émotion. On ne se concentre pas pour pleurer. On ne planifie pas un fou rire. On crée les conditions, et l'émotion arrive ou n'arrive pas, à sa propre vitesse et selon sa propre logique. La tentative de la forcer produit invariablement le même résultat : elle s'effondre, ou elle arrive un peu faussée.
Cette newsletter part de là. Pourquoi cherche-t-on à contrôler des sensations qui n'arrivent que si on ne les contrôle pas ? C'est comme monter un lego à l'envers, ça marche pas mais on force quand même (au cas où).
Aujourd'hui nous voyons l'orgasme uniquement au travers d'une rencontre génitale qui pourrait ou non produire un effet. Avec des conditions bien sûr, sinon c'est pas drôle :
Si je connais bien mon corps.
Si tu me touches bien.
Si on est bien ensemble.
Si je ne me force pas.
Si on est connecté·es.
Si j'ai pas mal.
Si j'ai pas peur de mal faire.
Si j'ai pas peur que tu me juges.
Si je m’autorise le plaisir.
Si je ne fais pas les choses mécaniquement.
Un protocole en deux temps :
Premier temps, hors contexte érotique. Asseyez-vous. Posez une main sur votre poitrine. Observez ce qui monte sans le nommer immédiatement. Attendez que le corps propose quelque chose non l'inverse. Deux minutes suffisent. C'est un entraînement d'écoute du corps.
Deuxième temps, en contexte érotique. Avant de chercher quoi que ce soit, faites l'inventaire des émotions présentes. Gêne, curiosité, impatience, tendresse, distance. Accueillez-les toutes avec la même qualité d'attention que vous avez donnée à l'ennui et à l'agacement sur votre coussin. L'orgasme, s'il vient, viendra de ce même endroit.
Ce que le Vipassana m'a appris, et que je continue d'apprendre, c'est que le corps sait exactement ce qu'il fait quand on arrête de lui dicter sa conduite. L'orgasme n'échappe pas à cette règle. Il appartient à la même famille que tout ce qui nous traverse sans prévenir et nous laisse différent·es.
La prochaine fois que vous le cherchez et qu'il se dérobe, posez-vous cette question : quelle émotion est là, en ce moment, que je n'ai pas encore accueillie ?
Elle est souvent la porte.
On se retrouve début Juillet pour une nouvelle édition de DÉSIR D’APPRENDRE, et d’ici là prenez soin de vous 🧡
Encore une fois un immense merci pour votre lecture, votre fidélité, et vos mots toujours si bienveillants.
Un immense merci à l’accueil apporté à mon programme Désir Vivant. Vous avez été super nombreux.se à vous l’offrir, et quel beau cadeau pour vous et votre couple !
Si ce sujet vous touche, si vous vous y retrouvez, écrivez-moi. Ces échanges sont toujours les plus beaux.
Avec toute mon affection,
Gabrielle
J’espère que cette newsletter aura été éclairante sur différents points. N'hésitez pas à me partager vos pensées et expériences, car c'est dans le partage que nous pouvons grandir et évoluer ensemble. Et si vous avez besoin de moi je suis là ! ❤️
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