#32 Pourquoi trompe-t-on ?

Comprendre le mouvement intérieur de celles et ceux qui trompent

Désir d'apprendre
5 min ⋅ 01/02/2026

Récemment, j’ai été contactée par plusieurs personnes qui avaient trompé leur partenaire et qui souhaitaient consulter en urgence.

Pas pour apprendre à mieux mentir.
Pas pour savoir comment se faire pardonner.
Pas toujours pour sauver leur couple.

Mais pour comprendre. Comprendre ce qui s’est passé dans leur tête.

Comprendre pourquoi elles ont fait quelque chose qu’elles n’avaient pas prémédité. Comprendre pourquoi, alors même qu’elles aiment leur partenaire, elles ont franchi une limite qu’elles se juraient de ne jamais franchir.

Ce qui revient très souvent, ce n’est pas : “Je n’aimais plus mon/ma partenaire.” Ni même : “Il me manquait quelque chose dans mon couple.”

C’est plutôt :
“J’ai besoin de comprendre ce que j’ai fait.”
“Je ne savais pas que j’avais besoin de ça.”
“J’ai répondu à une pulsion.”

Ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui trompe

La tromperie est rarement une stratégie. Elle est beaucoup plus souvent une réponse impulsive à une tension interne.

Une tension entre :
– ce que je suis devenu·e,
– ce que le couple attend de moi,
– et ce que je n’arrive plus à faire exister dans ce cadre.

Dans la tête de beaucoup de personnes qui trompent, il n’y a pas de projet. Il y a une pulsion. Une montée. Un besoin immédiat de validation, de séduction, de confirmation.

« Est-ce que je plais encore ? »
« Est-ce que je suis encore désirable ? »éé
« Est-ce que cette part de moi existe toujours ? »

La tromperie ne vient pas répondre à un manque d’amour. Elle vient souvent répondre à un doute identitaire. Cela ne rend pas l’acte anodin. Et cela ne déplace pas la responsabilité sur le ou la partenaire.

Séduire pour se retrouver

Un regard qui ne les connaît pas encore. Qui ne les attend pas. Qui ne leur demande rien.

Séduire, ici, ce n’est pas tromper l’autre. C’est se retrouver soi dans le regard de quelqu’un qui ne vous a pas encore assigné·e à un rôle.

Pour certaines personnes, la relation extra-conjugale devient un espace de respiration. Un endroit où l’on n’est pas responsable du bien-être de l’autre. Où l’on n’est pas garant du lien. Où l’on n’a rien à préserver.

Fuir la responsabilité, pas l’amour

Elles ont intégré qu’aimer, c’est tenir. Tenir le cadre. Tenir l’équilibre.,Tenir pour deux ou plus.

La tromperie devient alors une suspension. Une parenthèse où l’on n’a pas à être adulte. Où l’on n’a pas à penser aux conséquences. Où l’on peut répondre à une pulsion sans se demander ce que ça engage.

Ce n’est pas que le couple est trop sécurisant. C’est que le couple est parfois vécu comme trop chargé.

Clarification essentielle : la sécurité n’est pas le problème

Je veux être très claire. La sécurité est indispensable dans un couple. La tromperie n’est pas causée par l’autre. Ni par un manque, ni par une erreur, ni par une insuffisance relationnelle. Même quand le couple traverse une période difficile, l’acte reste un choix. Un choix souvent impulsif, parfois inconscient, mais un choix quand même.

Quand la sécurité devient synonyme de :
– devoir toujours être à la hauteur,
– ne pas décevoir,
– ne pas vaciller,
– ne pas trop changer,

alors certaines personnes cherchent ailleurs un espace où elles peuvent être moins responsables, moins cohérentes, moins contenues.

Le besoin de validation : un signal, pas un défaut

Le besoin de validation n’est pas pathologique. Il devient problématique quand il est inconscient, impulsif, et qu’il n’a qu’un seul canal d’expression.

La vraie question n’est pas : « Pourquoi ai-je besoin d’être validé·e ? »
Mais : « Qu’est-ce que je cherche à valider exactement ? »

On ne cherche jamais une validation abstraite. On cherche à être vu·e d’une certaine manière.

Désirable. Libre. Séduisant·e. Vivant·e. Différent·e de l’image installée dans le couple.

Pourquoi je ne retrouve plus ça dans les yeux de l’autre ?

Ce n’est pas toujours parce que l’autre ne regarde plus. C’est parfois parce que je ne me montre plus.

Beaucoup de couples se construisent sur une version initiale de soi.
Puis la vie avance.
Les rôles s’installent.
Les responsabilités s’accumulent.

Certaines parts deviennent silencieuses. Non pas interdites. Mais non exprimées.

Trois axes d’observation

Quand le besoin de validation devient pressant ou dangereux pour le lien, je propose souvent de regarder trois endroits.

  1. Quelle part de moi cherche à être confirmée ?
    Pas « moi », mais quelle version de moi.

  2. À quel moment ai-je appris que cette part n’était pas recevable dans le lien ?
    Par peur de déranger, de décevoir, de fragiliser.

  3. Où est-ce que je délègue entièrement à l’autre la responsabilité de me faire exister ?
    Attendre d’être vu·e sans se montrer. Désiré·e sans se risquer. Reconnu·e sans se dévoiler.

Déplacer la question

La vraie question n’est donc pas : « Pourquoi ai-je trompé ? »
Ni même : « Comment ne plus tromper ? »

Mais :
« Où puis-je être entier·e sans disparaître un peu ? »
« Où puis-je désirer sans me sentir coupable ou dangereux·se ? »
« Où puis-je exister sans porter tout le poids du lien ? »

Et comprendre, c’est souvent le premier pas pour ne plus agir contre soi.

FAQ 🤯 Les questions que beaucoup se posent

1.Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour que ça n’arrive jamais ?
Non. Il n’existe pas de garantie absolue. Mais on peut réduire fortement le risque. Pas en contrôlant l’autre. Pas en se promettant de ne jamais faillir. Plutôt en restant attentif·ve à trois signaux :
– quand des parts de soi deviennent silencieuses,
– quand le désir ne circule plus nulle part,
– quand la parole intérieure n’a plus d’espace pour se dire.
La tromperie ne surgit pas de nulle part. Elle apparaît souvent là où quelque chose n’a plus d’endroit pour exister autrement. Prévenir, ce n’est pas empêcher. C’est rendre conscient avant que l’acte ne devienne le seul langage possible.

2.Pourquoi la tromperie nous fait-elle autant peur ?
Parce qu’elle touche à des peurs profondes. La peur de perdre le lien. La peur de ne plus être désirable.
La peur que l’engagement ne protège pas autant qu’on le croit. La tromperie ne fait pas seulement peur par l’acte lui-même, mais par ce qu’elle réveille : l’idée que l’autre reste libre, imprévisible, et que l’amour ne garantit jamais totalement la sécurité.

3.Est-ce que tout le monde traverse un doute identitaire dans sa vie ?
Oui. À certains moments clés (engagement, parentalité, crise, transitions). Non, ce doute ne conduit pas automatiquement à la tromperie.

4.Est-ce que tromper veut dire que je n’aime plus mon/ma partenaire ?
Non. Beaucoup de personnes qui trompent aiment profondément leur partenaire. La tromperie parle plus souvent d’un conflit interne non élaboré que d’un désamour.

5.Est-ce que la personne trompée y est pour quelque chose ?
Non. La tromperie n’est pas causée par l’autre : ni par son désir, ni par ses limites, ni par ce qu’il ou elle “n’a pas su donner”. L’acte appartient à celui ou celle qui le pose.

6.Est-ce que le besoin de validation est un problème en soi ?
Non. Le besoin de validation est humain. Il devient problématique quand il est inconscient et qu’il n’a plus qu’un seul mode d’expression : l’acte.

7.Est-ce que la sécurité dans le couple favorise la tromperie ?
Non. La sécurité est indispensable au lien. Ce qui fragilise, c’est une sécurité vécue comme une obligation permanente de cohérence, de tenue, de maîtrise.

8.Est-ce que tout le monde est susceptible de tromper un jour ?
Non. La tromperie n’est ni une fatalité ni une étape universelle. C’est une modalité de régulation parmi d’autres, pas la seule, ni la plus saine. Prendre soin de soi c’est aussi comprendre nos fonctionnements et apprendre à se réguler de différentes manières.

9.Est-ce que comprendre, c’est excuser ?
Non. Comprendre permet de reprendre de la responsabilité. Excuser, c’est effacer l’acte. Comprendre, c’est éviter de le répéter.

10.Est-ce qu’un couple peut se reconstruire après une tromperie ?
Parfois, oui. La reconstruction ne dépend pas seulement de l’acte, mais de ce que le couple est capable d’en faire ensuite. Pouvoir mettre des mots sur ce qui s’est joué, reconnaître les responsabilités, et transformer ce qui, jusque-là, ne pouvait pas être dit ou vécu dans la relation. Sans ce travail, la tromperie reste un choc. Avec ce travail, elle peut devenir un point de bascule, pas une garantie, mais une possibilité.

Pour conclure

On se retrouve début Mars pour une nouvelle édition de DÉSIR D’APPRENDRE, et d’ici là prenez soin de vous 🧡

Je pars au Japon du 27 Février au 24 Mars mais les consultations sont ouvertes avant et après ces dates.

Encore une fois un immense merci pour votre lecture, votre fidélité, et vos mots toujours si bienveillants.
Un immense merci à l’accueil apporté à mon programme Désir Vivant. Vous avez été super nombreux.se à vous l’offrir, et quel beau cadeau pour vous et votre couple !

Je vous souhaite un beau mois de Février et surtout, SURTOUT… de désirer et d’aimer pleinement.
Avec toute mon affection,
Gabrielle

J’espère que cette newsletter aura été éclairante sur différents points. N'hésitez pas à me partager vos pensées et expériences, car c'est dans le partage que nous pouvons grandir et évoluer ensemble. Et si vous avez besoin de moi je suis ! ❤️

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Désir d'apprendre

Par Gabrielle Adrian

Je suis Gabrielle Adrian, sexologue clinicienne et thérapeute de couple. J’ai fondé en 2020 une plateforme d’accompagnement en sexothérapie pour ouvrir des espaces où l’on peut parler de désir, de la sexualité, du lien, du couple, sans tabou, et avec douceur et clarté. Dans ma newsletter Désir d’apprendre, je vous écris chaque mois une réflexion sensible sur ce qui nous relie : le désir, la séduction, l’ennui, la frustration… bref, sur la vie dans tout ce qu’elle a de vibrant et de plus complexe. Merci pour votre lecture 🧡

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