En ce moment, avec mon mari, on s'est un peu perdus. C’est ma situation qui m’a inspiré cette newsletter en premier lieu, mais je l’entends beaucoup en consultations aussi dernièrement.
En ce qui nous concerne, on a tous les deux exactement le même réflexe : on se met en retrait. On se parle moins, et dès qu'il ne répond pas tout de suite, j'ai l'impression que c'est contre moi. Je l’interprète. Je me braque. Je m’isole. Je parle moins. Je prévois des trucs de mon côté.
En bref, absolument rien qui va dans le sens de réhabiliter les choses.
Ce que ça me fait ressentir, c'est une immense lassitude, avec cette impression qu'on ne pourra plus jamais se rejoindre. Et quand je sens que parler le stresse, je me sens ultra rejetée, et j'insiste.
Je vous le raconte parce que connaître la mécanique par cœur ne protège de rien, et que c'est peut-être la chose la plus utile que je puisse vous dire aujourd'hui.
Et puis surtout parce que….
Personne ne décide de s'éloigner
Je le vois dans quasiment toutes mes consultations. Un couple arrive, ensemble depuis longtemps (ou pas), des enfants (ou pas), deux boulots prenants, des quotidiens chargés, et une vie devenue très fonctionnelle.
Elle a arrêté de raconter ses journées parce qu'elle reçoit pas l’écoute qu’elle voudrait. Lui ne parle pas de ce qui le touche, parce qu’il n’a jamais parlé de ce qui le touche. Elle cherche un endroit où déposer ce qu'elle vit, il cherche de la légèreté dans les rares moments où il peut enfin couper. Et chacun.e vit le besoin de l'autre comme une charge de plus.
La distance s'est installée à coups de petits renoncements silencieux, tous faits pour protéger le lien, et qui ont fini par le vider. Ils avaient pourtant “tout tenté” : un soir par semaine rien qu'à eux, des dîners en amoureux, partir en weekend. Trois bonnes idées, trois flops, parce qu'ils changeaient le décor pendant que le mécanisme restait exactement le même.
Même les plus sécures se mettent à paniquer
Vous avez sûrement entendu parler des styles d'attachement, sur Instagram de nombreux posts en parlent, en consultation, beaucoup de thérapeutes utilisent la théorie de l’attachement : sécure, anxieux, évitant, désorganisé.
Je les utilise avec prudence, parce qu'ils bougent selon la personne qu'on a en face de soi, et que je refuse d'enfermer quelqu'un dans une case.
Ce que j'observe, c'est que la déconnexion les réveille chez tout le monde, y compris chez les personnes les plus solides au départ. L'un.e se met à poursuivre, l'autre à se retirer, et parfois c'est la même personne qui fait les deux dans la même soirée. Moi la première : je me mets en retrait ET je suis celle qui poursuit !
Et si tout remonte d'un coup, l'abandon, la peur de compter moins, les vieilles histoires qu'on croyait réglées, c'est parce qu'un système nerveux en alerte vit une déconnexion passagère comme une perte définitive. C'est la blessure ancienne qui parle, et elle parle fort. Quand l'anxiété prend le dessus, on réclame de la réassurance, quand c'est l'évitement, on se retire, quand tout se désorganise, on entre en conflit. Et on peut traverser tous ces états, parfois dans la même semaine.
Se parler, oui. Au bon moment…
On dit toujours qu'il faut se parler, beaucoup. Chez nous, quand je veux parler trop tôt, trop vite, bref “trop”, je stresse mon mari, et plus je suis dans l'émotion, plus il se ferme. Ce qui marche, c'est quand je reste calme face à lui : mon émotion arrive alors jusqu'à lui à une intensité qu'il peut recevoir.
Je retrouve souvent le même ordre chez les couples qui se rejoignent : d'abord se poser soi-même, puis se retrouver à deux sans chercher à régler quoi que ce soit, rester longtemps dans les bras l'un de l'autre, se regarder, se dire des mots d'amour. Et seulement après, parler de ce qui s'est passé.
Tellement dur de respecter ces étapes 😅 Mais finalement ça porte ses fruits. Enfin, je vous dirai la prochaine fois.
Ce que vous pouvez faire la prochaine fois
Si vous êtes celle ou celui qui insiste, repérez le moment où votre demande devient une protestation, un cri du cœur, respirez, et dites l'émotion tout doucement. “je me sens seule”, “j’ai besoin de toi”, “j’aimerais qu’on se prenne dans les bras”, “je stresse qu’on s’éloigne”…
Si vous êtes celle ou celui qui se retire, mettez un timing à ce retrait, “j’ai besoin d’une heure”… puis revenez vraiment.
Pour conclure
Chez nous, la fin d'une déconnexion a toujours le même goût, le soulagement de se sentir entendue. C'est ce soulagement qui remet du lien, puis du désir en mouvement.
Un immense merci pour votre lecture, et si ça vous parle écrivez-moi, je vous réponds !
Vous pouvez me retrouver dans les liens ci-dessous !
À bientôt,
Gabrielle
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