Quand le soin est un paradoxe
Je suis la deuxième d’une fratrie de cinq. Très tôt, j’ai pris soin de mes frères et sœurs. Puis c’est devenu une manière d’être en lien.
Avec mon entourage, j’aime recevoir. J’aime que la maison sente bon, que les draps soient propres, que la lumière soit douce, que l’on se sente attendu·e et accueilli·e. J’aime créer un cocon. Dans le couple aussi, je passe par là. Par l’environnement. Par la sensorialité. Par le fait que tout soit prêt pour que l’on soit bien chez nous.
C’est ma manière d’aimer.
Mais cette manière d’aimer m’a aussi rendue exigeante, parce que quand on prend soin des autres, on remarque très vite quand on en reçoit moins.
Quand j’ai lu Jouir en chœur d’Emily Nagoski, j’ai été frappée par sa métaphore de la maison du couple. Elle dit que l’amour et le désir vivent dans une maison composée de quatre pièces.
Le soin, ce sont les gestes quotidiens, la fiabilité, la capacité à réparer après un conflit, à écouter sans minimiser. C’est ce qui apaise le système nerveux. Sans cette pièce solide, beaucoup de femmes ne peuvent pas désirer. Leur corps reste en vigilance.
La quête, c’est le mouvement dans une relation, les projets, les ambitions, les élans personnels et communs. C’est ce qui donne du relief à chacun·e, une direction, une énergie propre. Quand la quête est vivante, il y a de l’admiration et de la différenciation, on avance côte à côte plutôt que collé·e·s par insécurité. Le désir se nourrit de cette altérité, de la sensation d’avoir en face de soi un adulte en mouvement, pas un.e partenaire passif.ve.
L’esprit, c’est la capacité à rester en lien avec soi-même. Savoir identifier ses émotions, se réguler, ne pas faire porter à l’autre la responsabilité de son apaisement ou de son équilibre. C’est un espace intérieur de recul et d’alignement. Quand chacun·e habite cette pièce, la relation devient plus adulte, plus respirante, et le désir peut circuler sans être pris dans des dépendances ou des attentes fusionnelles.
Le jeu, c’est l’espace de la légèreté et de la spontanéité. C’est rire ensemble, se surprendre, flirter, tester, créer des moments qui ne servent à rien d’autre qu’au plaisir d’être là. Le jeu suppose qu’on ne soit pas en train de gérer ou de réparer, il demande de la disponibilité mentale. Érotiquement, il est central, parce que le désir aime la curiosité, l’imprévu, le petit frisson qui naît quand rien n’est sous contrôle.
Elles entretiennent le soin. Elles anticipent. Elles régulent les tensions. Elles veillent à l’ambiance. Elles créent la sécurité dont elles ont besoin pour s’ouvrir.
Et c’est là que le paradoxe apparaît. Elles créent le soin pour les autres, mais en manquent elles-mêmes. On ne peut pas se sentir profondément soutenue et aimée quand on est celle qui tient la structure.
Et pendant qu’elles tiennent la pièce du soin, elles circulent moins dans les autres. Et on leur reproche. Le soin est énergivore. Le porter presque seule épuise la capacité à être dans la quête, le jeu ou l’esprit.
Dans mon couple, cela m’a parfois épuisée. Pas à cause de l’énergie que ça me demande car finalement c’est aussi une manière de prendre soin de moi. Mais à cause de cette sensation très fine, presque invisible, de créer un environnement où l’autre est bien, sans recevoir la même qualité d’attention.
Pour moi, c’est exactement là que le désir se fissure. Dans ce déséquilibre.
Nommez ce dont vous avez besoin pour vous sentir en sécurité. Mais n’oubliez pas que le soin ne repose pas uniquement sur votre capacité à demander. Il est essentiel dans une relation que l’autre apprenne à lire votre fatigue, à prendre le relais et à créer pour vous le cocon que vous créez si bien.
On se retrouve début avril pour une nouvelle édition de DÉSIR D’APPRENDRE.
Je pars au Japon du 27 février au 24 mars, les consultations restent ouvertes avant et après ces dates.
Merci pour l’accueil que vous réservez à Désir Vivant.
Désirez. Aimez.
Gabrielle
Toutes les newsletters sont archivées ici, vous pouvez donc les retrouver si un sujet vous a particulièrement intéressé.
Vous pouvez également me retrouver sur instagram, sur Linkedin, et directement sur mon site internet.
Si vous avez la moindre question, vous pouvez directement répondre à cet email ou m’écrire juste ici, je réponds en général dans la journée !