Une phrase que j'entends souvent en consultation, et qui arrive toujours un peu honteusement : je l'aime énormément, mais j'ai moins envie de lui."
À chaque fois que je développe un sujet en newsletter je ne vais pas vous le cacher, je le fais aussi pour moi. Me pencher sur ces sujets me fait du bien parce que ça vient souvent renforcer des choses dont je discute en consultation mais que je ne m'approprie pas toujours vraiment. J'ai des convictions sur le couple qui ont été renforcées par mes connaissances et mes lectures. Théoriquement, c'est une question que je maîtrise bien, les dynamiques de couple font partie de mon métier, mais j'ai surtout déconstruit beaucoup de choses qui tracassent les couples : la fréquence des rapports, la fidélité au sens strict du terme, l'idée qu'un couple qui dure est forcément un couple qui a tout résolu.
L'amour et le désir sont des sujets qui me passionnent depuis longtemps et celui-là en particulier me touche.
Qui n'a pas déjà eu peur de voir les rapports s'espacer alors même que la relation va tellement bien ?
Il y a une phrase que j'entends souvent en consultation et elle arrive toujours un peu honteusement, comme si elle ne devrait pas exister.
"Je l'aime énormément. Mais j'ai moins envie de lui / d'elle."
On nous a tellement dit que l'amour et le désir allaient ensemble, que plus on aime plus on désire, que la profondeur du lien nourrit l'érotisme, que se retrouver face à ce constat d'"échec" est difficile. Il y a quelque chose de presque honteux à ressentir ça, comme si aimer fort et désirer peu était une contradiction qu'on n'a pas le droit d'avouer.
Esther Perel, dans L'Intelligence érotique pose une question qui m'a longtemps accompagnée : peut-on désirer ce qu'on possède déjà ?
L'amour cherche à rapprocher, à réduire la distance, à fusionner, à sécuriser, à appartenir. L'amour veut que l'autre soit là, prévisible, fiable et présent.
Le désir, lui, se nourrit d'espace, d'altérité, d'une part d'inconnu qui résiste. Il n'est pas attiré par ce qu'il possède déjà entièrement, il est attiré par ce qui lui échappe encore un peu.
La profondeur du lien n'est donc pas le problème, voire jamais le problème. En revanche, ce sont certaines manières d'aimer qui peuvent étouffer le désir. La fusion totale, l'anticipation permanente des besoins de l'autre, l'effacement des frontières entre soi et le couple, le maternage ou le paternage, tout ça crée une proximité qui apaise, qui est belle et précieuse, mais qui peut devenir érotiquement neutre. Parce que le corps a du mal à désirer ce avec quoi il ne fait plus qu'un.
La sécurité dans un couple est indispensable et cela n’a rien à voir avec notre manière de désirer. On peut se sentir en sécurité avec quelqu'un qui nous surprend encore, qui a une vie intérieure qu'on ne maîtrise pas entièrement, qui garde une opacité douce.
Aimer profondément ne devrait pas non plus signifier disparaître dans le couple. Quand chacun·e reste une personne à part entière, avec ses désirs propres, ses projets, ses enthousiasmes qui n'appartiennent qu'à lui ou qu'à elle, il y a quelqu'un en face. Et c'est quelqu'un qu'on peut désirer, puisqu'on désire une présence distincte de la nôtre.
Il y a aussi une confusion fréquente entre la tendresse et le désir. La tendresse est l'un des plus beaux fruits de l'amour long, et je la chéris profondément. J'en ai besoin quotidiennement dans mon couple, je la demande à mon partenaire et je l'exprime. Mais elle a un registre corporel complètement différent du désir. L'une apaise, l'autre allume. L'une dit je suis là, l'autre dit je te veux. Quand chaque toucher devient affectueux sans jamais être érotique, le corps finit par ne plus savoir quel canal emprunter. Les deux peuvent coexister, mais ils ont besoin d'exister séparément pour rester vivants.
Il y a un mot qu'on évite dans les relations longues parce qu'on a l'impression d'être dans la nostalgie de ce qu'on ne pourra jamais retrouver. Ce mot, c'est la tension sexuelle, celle qui naît quand l'autre reste quelqu'un qu'on admire, qu'on ne possède pas entièrement, qu'on voit exister pour lui-même ou pour elle-même.
Quand je regarde mon mec parler de quelque chose qui le passionne, quand je le vois rire avec ses ami.e.s, quand je le vois bien, quand il fait des choses sans moi, quand je vois cette énergie dans son visage, qu’il est pleinement lui. Dans ces moments-là je ressens des choses extrêmement fortes pour lui. C'est ça, la tension. Elle surgit quand l'autre est pleinement lui-même, et quand moi je suis pleinement là pour le voir avec des yeux nouveaux : “Il ne m’appartient pas. J’ai encore envie de le séduire.”
Cette tension existe naturellement quand chacun·e continue de vivre vraiment, quand tu prends soin de ce qui t'anime, de ton corps, de tes amitiés, de tes projets qui n'appartiennent qu'à toi. Quand tu fais des choses qui te rendent vivant·e, pour toi et en dehors du couple.
L'admiration ne se décrète pas. Elle surgit quand on voit l'autre faire quelque chose avec conviction, avec plaisir, avec cette énergie particulière que les gens dégagent quand ils sont en lien avec eux-mêmes. On désire quelqu'un parce qu'on le voit être pleinement.
Et ça demande de résister à une tentation très humaine dans les couples longs : tout partager, tout fusionner, tout faire ensemble, jusqu'à ne plus savoir où l'un commence et où l'autre finit. Garder des territoires qui n'appartiennent qu'à soi, une passion, un rythme, une amitié, une façon d'occuper son corps, c'est offrir à l'autre quelqu'un à désirer. Une personne entière, pas une moitié de couple.
Non. Mais aimer d'une certaine manière peut y contribuer. L'amour qui fusionne, qui surprotège, qui efface la distinction entre soi et l'autre crée les conditions d'un désir qui se ramollit. L'amour qui reste curieux, qui laisse de l'espace, qui s'intéresse encore à l'autre comme à quelqu'un qu'on ne finit pas de découvrir peut nourrir un désir qui dure. Ça ne demande pas “d’efforts”, ça demande de l’attention.
La profondeur du lien est souvent la plus belle chose qu'on puisse construire ensemble. Mais cette profondeur doit coexister avec quelque chose que beaucoup de couples négligent à mesure qu'ils avancent : rester deux, même quand on forme un.
On se retrouve début Mai pour une nouvelle édition de DÉSIR D’APPRENDRE, et d’ici là prenez soin de vous 🧡
Du 8 au 19 avril je ne serai pas présente ni sur les réseaux ni en consultation. Je pars faire une retraite Vipassana, expérience complètement nouvelle pour moi. 11 jours de méditation en silence. J'ai d'ailleurs une chance folle de pouvoir m'accorder cette pause sans stresser une seule seconde de pouvoir laisser mon partenaire avec notre fils. À aucun moment cette décision de partir n'a été un problème, au contraire, il m'a encouragée. La tension érotique vient aussi de là : la liberté de partir faire une expérience en étant ailleurs, et partenaire et maman à la maison.
Encore une fois un immense merci pour votre lecture, votre fidélité, et vos mots toujours si bienveillants.
Un immense merci à l’accueil apporté à mon programme Désir Vivant. Vous avez été super nombreux.se à vous l’offrir, et quel beau cadeau pour vous et votre couple !
Je vous souhaite un beau mois d’Avril et surtout, SURTOUT… de désirer et d’aimer pleinement.
Si ce sujet vous touche, si vous vous y retrouvez, écrivez-moi. Ces échanges sont toujours les plus beaux.
Avec toute mon affection,
Gabrielle
J’espère que cette newsletter aura été éclairante sur différents points. N'hésitez pas à me partager vos pensées et expériences, car c'est dans le partage que nous pouvons grandir et évoluer ensemble. Et si vous avez besoin de moi je suis là ! ❤️
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